Tribune : Pour un Equality New Deal de l’après Covid-19

Par Juliette de Causans, co-fondatrice du think tank Eurocratia

L’égalité femmes-hommes est sous tension à l’heure du Grand Confinement comme souligné par Marlène Schiappa dans sa note à la Fondation Jean Jaurès qui dresse un bilan de tous les risques qui pèsent sur les droits des femmes partout dans le monde durant cette crise sans précédent où les femmes sont en première ligne dans les métiers de service, de soin et de l’éducation : infirmières, caissières, enseignantes, mères de famille, aidantes familiales pour ne citer qu’elles. 

https://jean-jaures.org/nos-productions/covid-19-menaces-sur-les-femmes-dans-le-monde

Les remises en cause du droit à l’avortement, la déscolarisation des filles avec les mariages forcés qui en découlent, les violences domestiques, l’annulation des évènements internationaux en rapport avec l’égalité de genre ainsi que l’effacement des femmes des médias durant la crise pose la question de la pérennité des combats pour l’égalité dans le monde d’après et de la recherche de plus de justice sociale en faveur des employés de l’économie du « care » majoritairement féminin. Ces métiers de « première ligne » dans la guerre sanitaire livrée contre le Coronavirus. 

L’égalité femmes-hommes est la grande cause du quinquennat, pourtant, elle n’est pas encore pour le moment présente dans les thèmes des groupes de parlementaires auto-constitués, ni d’ailleurs de la grande-consultation organisée par la République En Marche auprès de ses adhérents. C’est d’ailleurs d’autant plus préoccupant que les termes employés de ces consultations, en particulier, du groupe de parlementaire du #Jourdaprès tels que « l’homme face à la machine » sont peu inclusifs. Les femmes étant effacées purement et simplement de la grammaire de la réflexion. 

Aujourd’hui, il est temps de construire le monde d’après avec les femmes, un monde plus inclusif qui valorise les métiers et activités à haute valeur sociale ajoutée pour que la grande cause du quinquennat soit tenue à sa juste place comme priorité de l’après crise. Les exemples historiques nous invitent à penser le rôle des politiques dans l’après crise et du pacte social renforcé. Ainsi, après la 1ere guerre mondiale les femmes britanniques ont obtenu le droit de vote qui leur était dénié jusque là – non d’ailleurs au nom de l’égalité des sexes, mais en reconnaissance de leurs actions dans les usines et auprès des blessés durant la guerre. Actuellement, il y a une « guerre sanitaire », ce sont bien ces termes qui ont été employés par Emmanuel Macron lors de sa première allocation annonçant le Grand confinement, Grand confinement qui ne manquera pas de générer le risque d’une grande crise sociale et économique. Or, dans cette « guerre sanitaire », ce sont les femmes sont majoritairement « au front » dans ces métiers sous-payés du soin, de l’éducation, de la vente, du nettoyage quand l’activité n’est pas gratuite au foyer à travers les tâches ménagères et éducatives. Certaines activités professionnelles fortement féminisées comme la couture subiraient même une injonction de gratuité sur la durée comme le dénonce le collectif « bas les masques ». Il est pourtant possible de construire davantage d’égalité, il s’agit d’un devoir moral et politique. 

Le Monde d’après et de maintenant doit valoriser à sa juste valeur les métiers et activités à haute valeur sociale ajoutée, notamment, en rémunérant davantage les métiers du care fortement féminisés ainsi que les activités domestiques à travers un «Equality New Deal» post crise pour reprendre les termes du « New Deal » américain de la Grande Dépression de 1929 ou du Green New Deal en matière de transition écologique proposé actuellement à juste titre par de nombreuses personnalités. 

Que pourrait être cet « Equality New Deal » ? Une réflexion sur la rémunération et le travail gratuit que l’on demande aux femmes. Cela passerait par une revalorisation des salaires sur le fondement de l’égalité femmes-hommes, notamment, des infirmières (bac + 3), leur accompagnement pour obtenir des postes de direction dans les hôpitaux et une montée en compétence de gestion. Ce serait une revalorisation des métiers dits « sociaux », de « nettoyage » et de l’éducation à hauteur des diplômes dans la fonction publique (à titre d’exemple, pour présenter le concours, il est exigé de l’enseignant un bac + 5,  pour le concours externe de l’ENA, un bac + 3) et/ou de leur utilité au profit de l’autre. Ce serait un paiement du travail des couturières professionnelles pour les masques en tissus aujourd’hui vendus en pharmacie, qui génèrent donc du profit et des droits sociaux dont elles ne bénéficient pas (la gratuité impliquant une absence de cotisation). Cet « Equality New Deal » pourrait passer par des cotisations sociales majorées sur les métiers à faible valeur sociale ajoutée (comme par exemple, les métiers de la finance, des plateformes numériques non solidaires) en vue d’une redistribution directe vers les rémunérations/pensions de retraite des métiers à haute valeur sociale ajoutée. Cela pourrait passer très concrètement par la création d’une dotation par enfant élevé au profit des parents au foyer à l’heure de la retraite voire durant la vie non en pourcentage mais en valeur plancher de 300 euros par enfant majoré en cas de famille monoparentale, ceci, de façon déconnectée des rémunérations éventuelles du conjoint. Les femmes doivent bénéficier de la juste rémunération pour leur travail quotidien trop souvent considéré comme « gratuits ». Le « gratuit » étant synonyme – à tort dans l’esprit et le comportement de certains, comme sans valeur. Cette solidarité exprimée au quotidien par les femmes, doit s’exprimer en solidarité économique à leur égard car trop de personnes considèrent la valeur d’une personne à sa rémunération. Les allocations familiales devant dans une certaine mesure être déconnectées des revenus du foyer pour être rattachées directement à la personne en charge des activités domestiques et qui sacrifie sa progression professionnelle au profit des autres. Il ne s’agirait pas là de « charité » mais bien de justice, de juste rémunération, d’un changement de paradigme afin que ce qui construit les liens sociaux soient davantage valorisés, et donc, que le travail invisible des femmes soit enfin payé.

Il existe nombre d’économistes qui ont pensé la valeur sociale des métiers. Or, ces économistes ne semblent pas suffisamment consulté.e.s. Ceci doit être réparé. Une nouvelle politique d’égalité doit être pensée de façon volontariste pour briser les plafonds de mère et de verre au sein de nos sociétés dysfonctionnelles. De nombreuses pistes existent : la formation à distance pourrait être offerte pour les femmes au foyer en congé parental ou sans emploi, afin que ces moments charnières qui coûtent en général aux femmes leur progression de carrière soient des moments de progrès et d’ouverture de perspective, la valorisation des métiers dit de « back-office » terme ayant émergé des réflexions de l’après-covid. Le confinement aura eu le mérite de montrer la voie vers une Nation apprenante à domicile et la vraie valeur de la solidarité. Que cette valeur soit justement récompensée. 

Un commentaire sur “Tribune : Pour un Equality New Deal de l’après Covid-19

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  1. Il y a 13 800 millions d’années du big-bang nait notre univers,
    Il y a 4 568 millions d’années de collisions nait notre sytème solaire,
    Il y a 65 millions d’années disparaissent du système solaire les dinosaures,
    Il y a 150 000 années Homo-Sapiens apparait sur la Côte-Est de l’Afrique,
    Il y a 11 000 années Homo-Sapiens chasse/cueille sur les cinq continents,
    Il y a 4 000 années Homo-Sapiens se sédentarise et crée des villes,

    Après, la routine des civilisations : d’entre Tigre & Euphrate, puis d’Egypte, puis de Crête, puis de Grèce, puis de Rome… puis d’Europe (le Moyen-Age dans notre coin)… puis de la Renaissance, puis des Révolutions, puis des Temps Modernes, puis d’AUJOURD’HUI !

    Alors que la notion d’Espèce est reconnue depuis la nuit des temps, la notion de « genre » est très moderne… voir sujette à appréciation contradictoire…

    Il semble qu’Homo-Sapiens soit enclin à se doter de « critères » pour établir une « hiérarchie »… Le Genre (féminin / masculin) semble être un des critères en vogue des « temps modernes » (surprenant dans un environnement ou la survie de Homo-Sapiens est très éloignée de ses capacités musculaires)… Mais Homo-Sapiens ne cesse d’interroger ses contemporains !

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