Pour l’autonomie alimentaire de nos villes et villages

home-jardin-légume-autosuffisant-600x420par Olivier de Vellis, journaliste et réalisateur.

Notre assiette a perdu tout bon sens : 98 % des aliments qu’elle contient ne proviennent pas de la région où nous habitons !… Alors que 97 % de l’agriculture locale est exportée de son bassin de production.

C’est une situation ubuesque. Nous ne mangeons quasiment plus ce qui a été produit dans le territoire où nous vivons pour consommer des aliments importés qui font des centaines voire des milliers de kilomètres.

Le constat est brutal : l’autonomie alimentaire des 100 premières grandes villes françaises est de 2 %*. Cette situation est due à la monoculture favorisée par l’agriculture industrielle au détriment d’une agriculture maraîchère et nourricière, la tendance à la « spécialisation » des territoires pour un seul type de production et le recul du foncier agricole autour des grandes villes sous la pression de l’expansion immobilière.

Ceci engendre de graves problèmes environnementaux, notamment par les modes de production de l’agriculture intensive, mais aussi par la pollution émise par le transport provoqué par les flux des denrées en plus de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Cette conjoncture met également en question la sécurité alimentaire des territoires. Sans oublier l’impact sur l’emploi au niveau local.

Il faut donc développer et soutenir ce « mouvement » que l’on appelle autonomie alimentaire. On parle aussi d’indépendance ou de souveraineté. Partout dans le monde, mais aussi en France, fleurissent des initiatives qui vont dans ce sens.

 

Nouveau Modèle

Pour mettre en place l’autonomie alimentaire, il faut instaurer un nouveau modèle agricole :

Changer les productions

– Développer des structures agricoles de type maraichère dans les campagnes des territoires.  C’est ainsi que l’on peut diversifier les productions pour une plus grande offre. Réduire la monoculture au profit de la polyculture.

– Instituer l’agriculture urbaine ou péri-urbaine. C’est à dire installer dans les parcs, sur le toit des bâtiments publics ou des supermarchés, sur les façades des immeubles, dans les jardins partagés… des surfaces de productions, des fermes ou des micro-fermes.

Instaurer de nouvelles méthodes de productions

Changer de modèle agricole doit s’accompagner de nouvelles méthodes de productions.

– Le bio doit être la règle. L’agriculture raisonnée peut être une étape, mais l’objectif est de diminuer drastiquement les intrants chimiques.

– L’agroécologie et l’agroforesterie doivent être favorisées car produire bio n’est pas toujours écologiquement responsable (exemple, produire des tomates bio l’hiver dans des serres surchauffées par des combustibles fossiles est un non sens).

– La permaculture doit inspirer les fermes urbaines et péri-urbaines car les zones urbaines n’offrent pas forcément de grands espaces.

Repenser la distribution des productions agricoles

– Mise en place de nouveaux circuits de distribution au coeur des villes via les AMAP, les « supermarchés paysans » ou « 100 % local ». La vente en circuit court de type drive fermier ou boutique à la ferme est moins souhaitable car demande que les consommateurs utilisent leur véhicule (polluant) pour se rendre sur les sites de vente à l’extérieur des villes.

– Rediriger un partie des productions existantes vers les villes du bassin de productions.

– Passer des contrats de commandes entre producteurs locaux et la grande distribution ou via des marchés publics.

 

Les bienfaits de l’autonomie alimentaire 

Mettre en place l’autonomie alimentaire dans les territoires permet de réels bienfaits :

Sur l’environnement :

– En diminuant les transports des marchandises (importation et exportation entre les territoires) donc l’émission de GES.

– En réduisant les intrants chimiques grâce au Bio.

– En diminuant l’émission de GES via l’agroécologie.

Rappelons que l’alimentation est responsable d’un quart de notre empreinte carbone.

Sur l’économie :

– Produire davantage dans les territoires offre de belles perspectives de création d’emplois d’autant plus avec les nouvelles méthodes de production (permaculture, agroécologie etc…). En décarbonant l’agriculture notamment  par une main d’œuvre plus importante, il pourrait y avoir 3 fois plus d’agriculteurs d’ici 30 ans**.

– Garantir les débouchés commerciaux misent en place entre un territoire et des agriculteurs rend l’activité de ces derniers  plus rémunératrice.

– Pour les habitants consommateurs, c’est aussi la garantie de payer des denrées alimentaires à des prix compétitifs du fait que le coût du transport des marchandises est nettement moins élevé.

-Sur la santé : en garantissant une nourriture saine et transparente.

-Sur la sécurité alimentaire : en ne liant plus la subsistance d’un territoire par des approvisionnements extérieurs.

Le rôle capital des pouvoirs publics

Les initiatives citoyennes sont à l’origine du mouvement pour une transformation de notre modèle alimentaire. De nombreuses associations, comme les Incroyables Comestibles, Fermes d’Avenir ou encore le circuit  des Amap ont été les pionnières dans le développement de l’agriculture urbaine, la permaculture et l’agroécologie.

Mais pour un changement en profondeur qui nous conduira à une forte autonomie alimentaire, les  pouvoirs publics doivent s’impliquer.

 

En France, des métropoles comme Rennes, Albi, Montpellier se sont engagées en faveur de l’autonomie. La communauté d’agglomération Cœur d’Essonne qui représente un bassin de 200 000 habitants porte également un gros projet. Des villages visent eux aussi le même objectif. La commune d’Ungensheim en Alsace a une expérience très aboutie sur la question.

Les pouvoirs publics peuvent enclencher plusieurs actions :

– Classer les surfaces métropolitaines en espace agricole et naturel pour les préserver des spéculations immobilières.

– Mettre en location à bas prix, voir prêter des terres communales pour faciliter l’installation de maraichers ou d’exploitants agricoles.

– Passer des conventions entre les villes et les agriculteurs pour approvisionner, via des marchés publics, les cantines scolaires du territoire.

– Monter des entités juridiques avec des producteurs, des transformateurs,  des distributeurs. Faire appel au financement public.

– Instaurer et développer l’agriculture urbaine dans les espaces publics.

Les limites

Ces actions se font bien évidemment en fonction de la taille des collectivités territoriales, mais aussi de leur géographie ou de leur enclavement.

Une banlieue de la petite couronne parisienne à forte densité ne peut avoir les mêmes ambitions qu’une commune rurale implantée en pleine terre.

Cependant, le Cabinet Utopies estime que « le potentiel agricole local des 100 premières aires urbaines pourrait couvrir 54 % des besoins agricoles actuellement incorporés dans l’ensemble de la consommation alimentaire des ménages locaux ».

Certaines communes ont un potentiel d’autonomie alimentaire supérieur à 90%. D’autres, comme Paris ou Marseille, devront se satisfaire de résultats avoisinant les 10 %.

 

 

Sources : * Utopies **Shift Project

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